mardi 24 octobre 2017    


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L'avenir de la forêt après la tempête : le point de vue de Pierre Darmanté

Forêt Pierre Darmanté , Président de l'association des communes forestières landaises (ADCOFOR 40), évoque pour nous l'avenir de la forêt durement touchée par la tempête Klaus du 24 janvier dernier, l'occasion pour lui de réaffirmer son attachement à la forêt landaise et au statut de service public de l'ONF...

« Depuis 35 ans que je m’intéresse aux problèmes de politique forestière, j’ai constaté que la forêt n’occupe le devant de la scène médiatique que lorsqu’on s’apitoie sur son sort alors qu’elle brûle ou qu’elle est à terre...


Klaus a révélé une fois de plus les faiblesses de la prise en compte de la forêt dans la politique de la nation. Alors qu’elle couvre un tiers du territoire national, elle est reléguée dans une sous-direction du Ministère de l’Agriculture qui a en charge également la ruralité et la politique du cheval !

Comment s’étonner qu’elle soit laminée dans les arbitrages par les impératifs du court terme agricole et que les moyens financiers qui lui sont consacrés aient réduit comme peau de chagrin malgré toutes les déclarations de bonnes intentions des gouvernements qui se sont succédés ! La tempête a également montré la fragilité d’un système qui fait reposer le financement de la politique forestière quasiment uniquement sur le cours du bois...

Ainsi, l’Office National des Forêts dont les recettes de ventes de bois diminuent considérablement, se voit contraint de réduire ses effectifs et de consacrer ses moyens aux missions rentables.

La forêt ne produit pas que du bois et il est essentiel que la collectivité prenne en compte et rémunère les autres bienfaits qu’elle apporte à la communauté (fixation du carbone atmosphérique, biodiversité, paysage, régime des eaux, accueil du public…). Klaus aura permis hélas une avancée dans ce domaine, puisque pour la première fois un chiffrage de la « perte carbone » est annoncé dans le rapport d’estimation des dégâts fourni par l’Ingénieur Gérard CHATRY (700 millions d’euros)

Cette catastrophe a également montré tout l’intérêt que nous avions à préserver nos services publics en milieu rural avec un maillage territorial adapté. L’ONF doit rester ce service public forestier ; l’ADCOFOR 40 avait décidé à l’unanimité en décembre 2008 de s’élever contre les attaques de la RGPP et les diminutions de moyens de l’ONF. C’est cette ligne que nous suivons toujours, alors, que la FNCOFOR lance une grande campagne de sensibilisation de tous les élus pour sauvegarder le régime forestier et l’ONF que les restrictions mettent en péril.

Le financement de la politique forestière en forêt communale est en effet en danger et l’Etat ne doit pas se désengager de ce dossier. En 2008, cette gestion coûtait 145 millions d’euros, 25 millions d’euros étaient payés par les communes, et 120 millions d’euros par l’Etat par le biais d’un versement compensateur, permettant aux communes pauvres ou vendant peu ou pas de bois de bénéficier du service public.

Les communes qui le souhaitent bénéficient aujourd’hui des services de l’ONF qui, à la demande de l’Etat s’est porté opérateur de la mobilisation des chablis au profit des communes. Plus de 40 communes ont signé un contrat global, mobilisation, reconstruction… L’aire de stockage de Labouheyre est bien avancée, les exploitations ont démarré.

Comme tous les forestiers, nous attendons que les décisions gouvernementales annoncées se concrétisent et nous travaillons tout particulièrement à la défense de l’intérêt des communes, notamment pour obtenir des enveloppes financières suffisantes pour :

- les aides budgétaires pour les communes privées de recettes de bois,
- les prêts bonifiés pour celles qui « gèleraient leurs coupes »,
- les crédits pour l’entretien des routes qui sont dégradées par les exploitations et les transports de bois.

En ce qui concerne la reconstitution, ceux qui connaissent l’histoire forestière landaise savent comment a été créé le massif, comment les maires au milieu du 19è siècle ont dû aliéner les landes communales lorsqu’ils n’avaient pas les moyens de réaliser les reboisements qu’imposait l’Etat. Il serait sans doute important que la puissance publique mette en place des dispositifs pour que les forêts qui resteraient à l’abandon ne deviennent pas la proie des intérêts mercantiles.

Enfin, une mission a été créée pour réfléchir à la reconstruction des forêts landaises. Des intérêts contradictoires vont s’affronter, va-t-on vers une spécialisation des forêts comme certains le souhaitent (culture à bois pour l’industrie, forêts récréatives, forêts plus naturelles….) Le débat risque d’être animé et il sera sans doute utile de se repencher sur l’histoire forestière de ces derniers siècles pour comprendre les dangers de certaines orientations, et de retrouver un peu d’humilité en se replongeant dans la fabuleuse histoire des arbres qui dure depuis près de 300 millions d’années ».

savoir +

Pour en savoir plus :

- Fédération nationale des communes forestières, cliquez ici.
- Klaus : Interview croisée des maires de Heugas et Carcarès-Sainte-Croix, cliquez ici.
- l'Association des Maires tire le bilan de la tempête, cliquez ici.

 

 

 
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